Dans un précédent post, nous avons discuté les prévisions précoces des effets indirects du COVID-19 sur l’accès aux soins de santé et son potentiel à inverser des décennies de progrès dans la réduction de la mortalité maternelle et infantile dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Aujourd’hui, nous sommes ravis de partager les résultants de notre étude récemment publiée qui fournissent un aperçu précieux sur la façon dont le système de santé dans la région de Kara au nord du Togo a pu résister aux effets néfastes de la pandémie. Même si la pandémie aiguë de 2020 est dernière nous, cette étude est toujours pertinente car elle souligne l’importance de se préparer à de futures crises sanitaires.
À propos de l’étude
Santé Intégrée a lancé une étude compréhensive pour évaluer l’impact de COVID-19 sur l’utilisation des soins de santé, particulièrement sur les services essentiels de la santé maternelle et infantile. L’étude s’est concentrée sur cinq centres de santé communautaires du secteur publique soutenus par Santé Intégrée et 33 agents de santé communautaire (ASCs) qui s’occupent d’environ 40 000 individuels. Elle a également inclus 13 centres de santé comparables non soutenus par Santé Intégrée desservant environ 80 000 personnes.
En utilisant une approche mixte, l’étude a combiné des données de santé quantitatives du système de donnée gouvernemental, des données programmatiques collectées par Santé Intégrée, et des données qualitatives des entretiens avec des membres de la communauté, des responsables de centré de santé, et des ASCs. L’objectif était d’identifier l’étendue des interruptions causées par la pandémie et d’identifier les stratégies qui a maintenu les soins de santé essentiels pendant cette crise.
Conclusions principales
Contrairement aux premières prévisions, l’étude a révélé que les perturbations des services de santé maternelle et infantile ont été de courte durée et n’ont pas eu d’impact significatif sur la fréquentation globale des services. Voici les principales conclusions :
Tendances en matière de fréquentation des services : on n’a observé qu’une baisse temporaire du nombre de consultations dans les centres de santé soutenus par Integrate Health au début de la pandémie, en mars 2020. À l’été 2020, le nombre de visites avait augmenté, affichant une tendance à la hausse par rapport aux niveaux d’avant la pandémie. Les centres de santé non soutenus par Integrate Health ont également connu une reprise similaire de l’utilisation des services. Bien que la différence d’utilisation entre les sites soutenus par Integrate Health et ceux qui ne l’étaient pas ne soit pas énorme, les sites soutenus par Integrate Health ont affiché un taux d’amélioration plus élevé, ce qui reflète notre concentration sur les zones où les besoins sont plus importants.
Des soins communautaires soutenus : Les agents de santé communautaires (ASC) ont continué à fournir des soins à domicile et des consultations proactives tout au long de la pandémie. Le nombre de visites des ASC est resté stable, sans baisse significative des chiffres mensuels. Cette stabilité a été cruciale pour maintenir l’accès aux soins de santé pour ceux qui hésitaient à se rendre dans les centres de santé par crainte de la contagion.
Facteurs de résilience : L’étude a identifié plusieurs facteurs qui ont contribué à la résilience du système de santé :
- Une communication régulière et claire de la part des AC, en tant que sources communautaires de confiance.
- La mise en œuvre rapide de mesures de prévention et de contrôle des infections dans les centres de santé.
- La collaboration entre les leaders communautaires et les professionnels de santé pour limiter la transmission du COVID-19.
- Le respect des adaptations dans la prestation des soins, comme la tenue de consultations à l’extérieur et le maintien de la distanciation sociale.
Constatations qualitatives : Les entretiens avec les responsables des centres de santé, les ASC et les membres de la communauté ont mis en évidence l’importance de la confiance et de la communication. Les ASC ont joué un rôle central dans la sensibilisation de la communauté au COVID-19, en dissipant les fausses informations et en encourageant les mesures préventives. Les responsables des centres de santé ont souligné l’importance des mesures de contrôle des infections et de la disponibilité des équipements de protection individuelle (EPI) pour garantir la sécurité des professionnels de santé et des patients.
La réponse forte du Togo face à la COVID-19
La réponse proactive du Togo face à la pandémie, marquée par une action rapide du gouvernement, une large mobilisation communautaire et la mise à profit des infrastructures sanitaires existantes, a joué un rôle essentiel pour atténuer l’impact de la COVID-19. Les efforts du gouvernement pour mettre en place des mesures de protection, préparer le déploiement de la vaccination et collaborer avec les acteurs locaux ont été déterminants pour maintenir la prestation des soins de santé pendant la crise.
La forte réaction du Togo peut s’expliquer par la culture collectiviste qui prévaut dans de nombreuses communautés africaines et par les expériences passées face aux épidémies. L’action collective et la solidarité communautaire ont contribué à l’adoption rapide de mesures préventives et au respect des consignes sanitaires. Les épidémies précédentes, comme celle d’Ebola, avaient déjà permis de développer un savoir collectif et une préparation qui se sont avérés inestimables pendant la pandémie de COVID-19.
Les résultats de notre étude soulignent la résilience d’un système de soins primaires intégré dans le nord du Togo. En maintenant la communication, en mettant en œuvre des mesures de prévention des infections et en poursuivant les soins communautaires, les systèmes de santé peuvent atténuer efficacement l’impact des pandémies et maintenir les services de santé essentiels. Ces enseignements fournissent des leçons précieuses pour les futures crises de santé publique, soulignant l’importance d’investir dans des systèmes de soins primaires communautaires.