Réduire les distances face à la mortalité maternelle en Guinée rurale

Mai 11, 2026

Pour les femmes vivant dans les zones rurales autour de Douako, dans le district de Kouroussa en Guinée, accéder à un bloc opératoire signifiait parcourir 135 kilomètres jusqu’au chef-lieu du district, sur des routes dégradées et en traversant le fleuve Niger. La traversée se fait en pirogue ou en ferry, lorsqu’il est en service. Pendant la saison sèche, le trajet dure environ cinq heures ; durant la saison des pluies, qui couvre près de la moitié de l’année, il peut prendre entre six et huit heures, selon le niveau de l’eau, la disponibilité d’une embarcation et la possibilité ou non de traverser la nuit. Pour une femme confrontée à des complications obstétricales, il ne s’agit pas simplement de contraintes logistiques. C’est une question de vie ou de mort.

Douako fait partie des zones rurales où Santé Intégrée, en partenariat avec le Ministère guinéen de la Santé, met en œuvre le Programme de renforcement du système de santé à base communautaire. Ce modèle repose sur la continuité des soins : des Agents de santé communautaire effectuent des visites à domicile auprès des femmes enceintes, tandis que les infirmiers et sage-femmes assurent leur prise en charge au centre de santé. Toutes les étapes du parcours de soins étaient couvertes, sauf celle nécessitant une intervention chirurgicale. Pour les femmes ayant besoin d’une chirurgie, accéder aux soins signifiait parcourir 135 kilomètres et traverser un fleuve.

La Guinée affiche l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés d’Afrique de l’Ouest, avec 550 décès pour 100 000 naissances vivantes. La mortalité néonatale s’élève à 32 pour 1 000. Derrière ces chiffres se cachent des familles contraintes de réunir de l’argent, du carburant et un véhicule en pleine nuit, sans toujours arriver à temps. Plus tôt cette année, lors d’une visite de supervision au centre de santé de Douako, notre Directeur Pays, Aboubacar Diakité, a été témoin de la perte de nouveau-nés triplés. Les complications étaient pourtant prises en charge médicalement. C’est la distance qui a été fatale.

Une infrastructure construite pour changer cette réalité

Le nouveau bloc opératoire vient transformer cette situation. Construit en extension du centre de santé de Douako, il permet désormais de réaliser des césariennes, des réanimations néonatales — l’une des principales causes de décès chez les nouveau-nés — ainsi que le traitement de l’éclampsie, l’une des principales causes de mortalité maternelle. Ces interventions vitales sont désormais accessibles localement.

Santé Intégrée a participé à une opportunité de co-investissement en finançant la construction et l’équipement du bloc opératoire (150 000 USD), ainsi qu’une ambulance (65 000 USD) destinée au transfert des patients référés depuis les centres de santé environnants. Du personnel qualifié récemment formé, notamment un chirurgien et un anesthésiste, a été transféré de Conakry à Douako, avec des salaires entièrement pris en charge par le gouvernement à hauteur de 10 000 USD par an. La communauté de Douako, de son côté, s’est engagée à financer l’achat du générateur (17 000 USD), indispensable pour maintenir l’alimentation électrique en cas de coupure, ainsi que son entretien annuel estimé à 4 500 USD. Trois acteurs, trois engagements, et une responsabilité partagée pensée pour durer.

Cérémonie officielle de coupure du ruban marquant l’ouverture du nouveau bloc opératoire.

La cérémonie de remise officielle a reflété ce même esprit de collaboration. Bien plus qu’une simple inauguration, elle a marqué le transfert officiel d’une infrastructure achevée vers sa mise en service, ainsi que la reconnaissance, par le Ministère de la Santé et les communautés du district de Kouroussa, que les soins chirurgicaux d’urgence ont désormais leur place à Douako.

La Directrice générale de Santé Intégrée, Emily Bensen, a pris part à l’événement aux côtés des autorités sanitaires guinéennes. Mais le véritable poids de cette cérémonie résidait dans la mobilisation des populations : autorités locales, personnels de santé, leaders traditionnels et familles venues des communes environnantes pour assister à un accomplissement attendu depuis longtemps.

Le maire de Douako l’a exprimé avec simplicité :

« Ce bloc opératoire représente une grande opportunité pour Douako. Il permettra de sauver des vies et de réduire les déplacements difficiles et coûteux pour les patients. Lorsqu’une urgence survenait, surtout la nuit ou pendant la saison des pluies, les populations devaient parcourir de longues distances dans des conditions extrêmement difficiles. Certaines familles n’avaient même pas les moyens d’effectuer ces déplacements. Nous remercions sincèrement tous ceux qui ont contribué à rendre cette réalisation possible pour notre communauté. Population de Douako, ce bloc opératoire est désormais le vôtre. »

Ce que cela représente, en chiffres et en vies humaines

Les chiffres racontent une partie de l’histoire. Environ 300 césariennes devraient désormais être réalisées chaque année à Douako, au bénéfice des patients provenant des centres de santé des cinq communes rurales environnantes jusque-là dépourvues d’accès à des soins chirurgicaux de proximité. Pour près de 200 000 habitants de cette zone de couverture, le bloc opératoire est désormais accessible. Quant aux hôpitaux de référence régionaux de Kouroussa, Kankan et Kissidougou, cette nouvelle infrastructure permettra d’alléger significativement la pression sur un système déjà fortement sollicité.

Mais les chiffres ne traduisent pas pleinement ce qui a changé ici. Auparavant, lorsqu’une complication survenait la nuit, en saison des pluies ou dans une famille dépourvue de moyens financiers, c’était souvent la distance qui déterminait l’issue. Désormais, ce n’est plus le cas.

Le Dr Lancinet Kourouma, Directeur préfectoral de la Santé de Kouroussa, confie :

« Grâce aux soins obstétricaux désormais disponibles à Douako, je dormirai mieux la nuit. Je recevrai moins d’appels en pleine saison des pluies concernant des femmes nécessitant des soins sans pouvoir traverser le fleuve. »

Le fleuve est toujours là. Les routes continuent d’être dégradées pendant les pluies. Mais ce qui a changé, c’est qu’une femme à Douako n’a plus besoin de traverser tout cela pour survivre à un accouchement.

Cette avancée majeure a été rendue possible grâce au partenariat entre Santé Intégrée, le Ministère guinéen de la Santé et les communautés de Douako. Elle existe parce que nous avons écouté. Parce que les Agents de santé communautaire, les infirmiers, les sage-femmes, les familles et nos partenaires du Ministère de la Santé ont tous identifié le même manque : un système de soins primaires qui ne pouvait pas toujours accompagner les patients jusqu’aux soins chirurgicaux nécessaires. Combler cette faille, c’est donner tout son sens à la continuité des soins — et cela change tout.

Les femmes de Douako, célébrant l’ouverture du nouveau bloc opératoire.