Mamadou Condé est l’un des pairs éducateurs de Santé Intégrée à Baro, une communauté du district de Kouroussa, en Guinée, majoritairement peuplée de Malinkés. Dans cette localité, la vie familiale est profondément influencée par la foi musulmane et des traditions culturelles solidement ancrées.
L’engagement de Mamadou dans ce travail est profondément personnel. Ayant grandi à Sèrèkoroni, il a vu sa mère—comme de nombreuses femmes de sa communauté—enchaîner les grossesses. Dans son environnement, où les enfants sont largement perçus comme une bénédiction de Dieu et où les familles nombreuses, sont fortement valorisées, cette réalité est courante. Il a vu des familles vivre au-dessus de leurs moyens, des mères épuisées par des grossesses successives, et des enfants qui méritaient plus de temps et d’attention que leurs parents ne pouvaient leur en donner. Quand il est revenu à Sèrèkoroni après avoir vécu plusieurs années dans une grande ville, il a constaté que la situation était toujours la même. Souhaitant contribuer à améliorer la vie des habitants, il est devenu animateur de sensibilisation, convaincu que la planification familiale, lorsqu’elle permet d’espacer les naissances, pouvait s’inscrire dans les valeurs et les réalités de sa communauté.
Travailler avec la communauté, pas contre elle
Les arguments en faveur de l’espacement des naissances sont simples: quand les naissances sont plus espacées, les familles peuvent consacrer davantage de ressources financières et d’attention parentale à chaque enfant. Les mères ont le temps de se remettre entre deux grossesses, ce qui améliore leur santé et celle de chaque nouveau-né. Et avec moins de contraintes, les enfants ont plus de chances d’aller à l’école et de recevoir des soins rapidement quand ils tombent malades — c’est l’un des facteurs les plus importants pour réduire les décès évitables chez les moins de cinq ans.
À Sèrèkoroni, comme dans une grande partie de la Guinée rurale où Santé Intégrée met en œuvre le Programme de renforcement des systèmes de santé à base communautaire, des croyances profondément ancrées concernant la foi, la famille et les rôles de genre constituent des obstacles à la planification familiale. « Au début, j’ai rencontré une résistance farouche », raconte Mamadou. « Les hommes, qui sont les principaux décideurs, étaient réticents à laisser leurs femmes avoir accès à la planification familiale. Et les femmes elles-mêmes craignaient le jugement de la communauté et les conséquences sociales et religieuses. »
Mamadou savait que s’attaquer de front à ces croyances ne mènerait à rien. Il a donc décidé de travailler avec elles.
Au lieu de présenter la planification familiale comme une remise en cause des valeurs islamiques, il a organisé des discussions avec les chefs religieux pendant les prières hebdomadaires, les cérémonies de baptême et les mariages. Il s’est assis avec les maris, a écouté leurs inquiétudes, puis leur a expliqué avec douceur comment l’espacement des naissances pouvait être compatible avec leurs valeurs en tant que musulmans.
« Je leur ai expliqué comment l’espacement des naissances pouvait permettre aux parents d’élever leurs enfants dans de meilleures conditions », raconte-t-il. « Petit à petit, certains d’entre eux ont commencé à comprendre. »

Le changement, une famille à la fois
Mariam* est une femme et une mère de famille de Sérékoni. Comme beaucoup d’autres femmes de son village, elle hésitait à envisager la planification familiale. Malgré ses doutes, elle a assisté à l’une des séances communautaires animées par Mamadou, au cours desquelles il sensibilise les habitants à la santé de base, à l’espacement des naissances et à la planification familiale. Après avoir entendu des femmes partager leurs expériences positives en matière d’espacement des naissances, elle a décidé d’en parler à son mari. Ils ont convenu de recourir à la planification familiale pour espacer leurs naissances, et Mamadou a vu leur qualité de vie s’améliorer au fil du temps.
Le leadership et l’animation au niveau communautaire sont au cœur de l’approche de soins de santé primaires de Santé Intégrée. Mamadou fait partie d’un réseau grandissant d’agents de santé communautaires, de relais communautaires et de pairs éducateurs que Santé Intégrée et le gouvernement guinéen ont déployés dans tout le district de Kouroussa depuis le lancement des soins aux patients en décembre 2023. En travaillant ensemble, ils améliorent l’accès et la qualité des soins dans leurs communautés. Dans une région où les centres de santé sont souvent très éloignés les uns des autres, les agents de santé, qui font aussi partie de la communauté, comblent ce fossé en apportant ce qu’aucun programme extérieur ne peut offrir : la confiance, les connaissances et une compréhension culturelle profonde.
Mamadou travaille avec les chefs religieux pour expliquer en quoi la planification familiale est compatible avec les valeurs de l’islam. Il comprend le quotidien des femmes de son village et leur donne l’occasion de se réunir pour discuter ouvertement de ce sujet.
Il faut tout un village pour surmonter les obstacles à l’accès à de meilleurs soins, mais quand les agents de santé et les responsables communautaires unissent leurs forces, les mentalités changent. L’espacement des naissances n’est pas encore la norme à Sèrèkoroni, mais le changement s’opère, une famille à la fois.
Mamadou a exprimé son espoir et son engagement sans faille : « Pour moi, chaque sourire d’une femme qui se sent enfin écoutée et libre de choisir sa propre voie est une victoire. »
*Nom modifié pour des raisons de confidentialité.